Samson est mort. Nous entrons maintenant dans une immense confusion sociale, morale et religieuse. Les chapitres 17 à 21 du livre des Juges nous parlent de tromperies, de vols, de viols, de corruptions épouvantables, de guerres civiles. La confusion est partout. C’est donc dans une ambiance chaotique que se situent les derniers événements du livre des Juges. La décadence et la perversité auront finalement raison de quatre tribus en Israël. La tribu d’éphraïm, la tribu de Lévi, la tribu de Dan et la tribu de Benjamin déshonorent tout le peuple d’Israël dans les cinq derniers chapitres de ce livre des Juges. Cela commence dans les chapitres 17 et 18 avec l’histoire d’un homme nommé Mica et d’un Lévite infidèle...
« Il y avait un homme de la montagne d’éphraïm* nommé Mica. Il dit un jour à sa mère : les mille cent sicles d’argent* que tu pensais qu’on t’avait pris, et bien voici, cet argent est entre mes mains, c’est moi qui l’avais pris ». Ce fils vient donc de voler sa mère. Même si cela est une honte, le récit ne s’arrête pas là...
« Alors sa mère lui répondit : Béni soit mon fils par l’Éternel ! » Le fils vient d’avouer son forfait et sa mère le bénit en retour... Quelle aberration ! Nous sommes ici exactement dans la situation décrite par Ésaïe 5.20 : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur et la douceur en amertume ».
« Mica rendit à sa mère les mille cent sicles d’argent ; et sa mère dit : Je consacrerai cet argent à l’Éternel afin d’en faire pour mon fils une image taillée et une image en métal fondu C’est ainsi que je rendrai cet argent » (v.3).
À priori, nous sommes dans une famille très pieuse, mais qui semble avoir complètement oublié les dix commandements :
« Tu ne voleras pas ».
« Tu ne te feras pas d’image taillée, tu n’auras pas d’autre dieu devant ma face... ».
Après que Mica ait volé sa mère, ils deviennent maintenant tous les deux complices pour rabaisser Dieu à l’image qu’ils désirent s’en faire.
Fondre un dieu à son image : c’est tellement commode et tellement plus rassurant.
Il en est parfois de même pour nous : On ne désire plus entendre parler d’un Dieu saint, juste, souverain, juge de toute sa création ? Alors on ne parle plus que de son amour, de sa patience, de sa bonté et de sa miséricorde... et Dieu est ainsi façonné à l’image qu’on veut s’en faire.
« La mère de Mica prit deux cents sicles d’argent. Elle donna l’argent au fondeur qui en fit une image taillée et une image en métal fondu. On les plaêa dans la maison de Mica » (v.4).
Quel a été le prix payé au fondeur pour modeler cette image de Dieu ? Deux cents sicles d’argent.
Et quelle est la somme qui aurait dû être consacrée à des fins religieuses selon la promesse de la mère prononcée au verset 3 ? 1100 sicles d’argent*.
1100 sicles d’argent au départ... 200 sicles d’argent à l’arrivée. 1100 - 200 = 900 sicles...Où sont donc passés les neuf cents sicles d’argent qui n’ont pas été utilisés par le fondeur ?
Comme quoi, même pour comprendre la Bible, il faut aussi bien connaître l’arithmétique...
... Car il est fort probable que cette femme ait gardé une grande partie de cet argent qu’elle avait pourtant promis de consacrer à Dieu à l’origine. Mica et sa mère auraient pu tout garder, cela n’aurait pas plus offensé Dieu. Cela rappelle un drame qui a frappé l’église naissante, lorsque le couple Ananias et Saphira ont tenté d’escroquer l’apôtre Pierre*.
Après le mensonge et la tromperie, Mica et sa mère viennent de tomber dans une immense confusion religieuse qui les amène vers la superstition. Ce côté superstitieux ressort très nettement dans les versets 7 à 10 :
« Un jeune Lévite quitta la ville de Bethléhem pour chercher une demeure qui lui convienne. Il arriva jusqu’à la maison de Mica. Alors Mica lui dit : Reste avec moi ; tu me serviras de père et de prêtre... Et Mica consacra ce Lévite et ce jeune homme lui servit de prêtre et demeura dans sa maison ».
La tribu de Lévi* avait été désignée par Dieu pour être au service de l’éternel. C’est dans le désert, alors que tout le peuple d’Israël venait d’adorer le veau d’or, que les hommes de cette tribu avaient démontré du zèle et de la repentance envers Dieu... (Exode 32.15-29 ; Nombres 3.6-9 et 11-13).
Juges 17.13 nous donne la réponse : « Mica dit : maintenant que j’ai ce Lévite pour prêtre, je sais que l’Éternel me fera du bien ». Pourquoi Mica pense-t-il qu’il va être béni ? Est-ce parce qu’il fait confiance à Dieu et qu’il cherche à Lui plaire ? Non, Mica pense qu’il va être béni uniquement parce qu’il a ce Lévite pour prêtre. La superstition de Mica l’a finalement conduit à l’idolātrie et à une très grande confusion religieuse.
Juges 17.9 : « Il cherche une demeure qui lui convienne ».
Juges 18.4 : « J’ai trouvé ma demeure chez Mica qui pourvoit à tous mes besoins, assure mon salaire et en contrepartie je lui sers de prêtre ».
Ce Lévite a perdu toute vision de sa vocation initiale de servir Dieu : c’est un homme qui se laisse acheter et cela fait ressortir son état d’esprit mercenaire.
Juges 18.5-6 : La tribu de Dan* qui n’avait pas encore de terre pour s’établir rencontre ce prêtre chez Mica. « Ils lui dirent : Consulte Dieu, afin que nous sachions si notre voyage aura du succès.
Et le prêtre leur répondit : allez en paix ; le voyage que vous faites est sous le regard de l’Éternel. Les cinq hommes partirent et ils arrivèrent ainsi dans une ville nommée Laïs... ».
Le récit laisse ici fortement sous-entendre qu’il n’a jamais demandé quoi que ce soit à Dieu. Sa réponse a été motivée par une recherche de reconnaissance, une bonne renommée, un grand amour de popularité. Il a cherché à plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu.
C’est une déviation que l’apôtre Paul dénonce devant les chrétiens de l’église de Galatie Galates 1.10).
Juges 18.19 : Les hommes qu’avait rencontré ce Lévite revinrent dans la maison de Mica pour dérober tous les objets et les icônes religieux. Et ce prêtre leur demanda simplement : « Que faites-vous ? »
C’est un caractère peureux, préoccupé avant tout du « qu’en dira-t-on ». Sa peur des hommes l’amène finalement à se taire alors qu’il faudrait parler, lorsque les hommes de la tribu de Dan lui ordonnent : « Tais-toi, mets ta main sur ta bouche, et suis-nous... ».
Là le prêtre ne répond plus rien.
Juges 18.19-20 : Les hommes de la tribu de Dan vont le convaincre de les suivre avec un argument très séduisant : « Vaut-il mieux que tu serves de prêtre à la maison d’un seul homme, ou que tu serves de prêtre à une tribu et à une famille tout entière en Israël ? Le prêtre éprouva de la joie dans son cœur ; il prit les objets religieux qui appartenaient à Mica et se joignit à la troupe ».
Cela dénote d’un état d’esprit ambitieux, arriviste. Sa soif de satisfaire son ambition personnelle, d’être quelqu’un d’influent, va finalement lui faire oublier son serment de fidélité qui avait fait de lui un homme consacré à l’éternel. C’est une bien triste situation !
Toute cette confusion va finalement aboutir à un jugement inattendu qui touchera les villageois bien paisibles de la petite ville de Laïs...
Thierry Huckel
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