Dans le Bulletin 146, nous avons vu que Roboam a été nommé officiellement successeur légitime de Salomon. Malheureusement, l’immaturité de Roboam finira par faire déborder la coupe des mécontents. Après avoir déjà été accablé d’impôts et de corvées par Salomon, Roboam, son fils légitime, délègue son ministre des finances pour augmenter la charge d’impôts qui pesait sur le peuple. Mais cette fois-ci c’en est trop, les sujets de Roboam ont l’impression d’être exploités au-delà du supportable : 2 Chroniques 10.18 : « Le roi Roboam envoya Hadoram qui était préposé aux impôts. Mais Hadoram fut lapidé par les enfants d’Israël, et il mourut. Alors le roi Roboam se hâta de monter sur un char pour s’enfuir à Jérusalem. C’est ainsi qu’Israël s’est détaché de la maison de David jusqu’à ce jour. »
À partir ce cet événement, le peuple de Dieu va constamment se confronter. Pendant deux siècles, il ne pourra plus vivre en paix (à quelques exceptions près).
Lorsque la paix et le confort ont fini par s’installer, les premières difficultés ont commencé. Ces difficultés étaient déjà là, enfouies depuis le début. En effet, n’oublions pas qu’Israël a été formé à l’origine par plusieurs frères qui sont chacun devenus chefs de tribus. Déjà les premières guerres de familles surgissent dans le Livre des Juges. On voit assez couramment les tribus s’opposer entre elles. Et nous pouvons remarquer dans le Livre des Juges que la tribu d’Éphraïm* n’est jamais la dernière lorsqu’il s’agit de chercher querelle à ses frères : ils ont cherché querelle à Gédéon, de la tribu de Manassé* (Juges 8.1). Un peu plus tard ils vont chercher querelle à Jephté, mais cette fois ce sera le drame puisque 42 000 hommes de la tribu d’Éphraïm vont périr dans une guerre fratricide avec la tribu de Manassé (Juges 12.1-6).
Des querelles meurtrières qui opposent Manassé et Éphraïm. Et lorsque nous regardons de plus près la généalogie, nous nous étonnons de constater que ces deux tribus sont issues du même père, Joseph.
Dans les familles chacun revendique sa position, sa place au pouvoir et c’est cela qui rend la cohabitation extrêmement difficile.
Remarquons que cette mentalité est inscrite au plus profond du cœur de l’homme car cela ne s’est jamais arrêté : Marc 9.34 « Qui est le plus grand parmi nous ? » demandaient les Apôtres à Jésus.
Ou encore Jacques et Jean qui demandent à Jésus : « Accorde-nous les meilleures places, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche quand tu te révèleras dans ta gloire ! » Et un peu plus tard encore à Corinthe : « Moi je suis de Paul, moi je suis d’Apollos, moi je suis de Céphas, et moi je suis de Christ »...
Chacun revendique ses origines, son père spirituel : moi je suis de... chacun revendique un titre, un nom, un chef de tribu, un père fondateur, la direction d’un clan, etc. Et pourtant, c’est un seul et même peuple.
Mais l’expérience de la vie quotidienne démontre, bien souvent, que l’unité entre les frères et sœurs est tellement difficile à préserver ! Si on regarde autour de nous, n’en n’est-il pas un peu de même dans nos familles et dans nos églises ? Et c’est exactement cela qui apparaît dans l’histoire du peuple d’Israël : Ce sont ces oppositions, ces luttes de pouvoir entre grandes familles qui étaient déjà là, sous-jacentes, au moment où Roboam a pris le pouvoir sur le peuple.
Roboam a hérité d’un potentiel de puissance militaire et de ressources financières plus qu’exceptionnelles.
Malheureusement Roboam avait aussi hérité de l’immoralité et de l’idolâtrie dont son père, Salomon, avait fait preuve à la fin de sa vie. Aussi, à l’exemple de son père, il commettra quatre erreurs qui vont l’éloigner chacune un peu plus de Dieu :
1. 2 Chroniques 11.21 nous apprend que « Roboam aimait Maaca, fille d’Absalom, plus que toutes ses femmes et ses concubines... » un détail qui passe inaperçu, mais souvenons-nous qu’Absalom était l’instigateur d’un coup d’État contre son père David. Roboam s’est donc à nouveau allié, par ce mariage, à la maison d’Absalom, le fils rebelle de David. La conséquence de ce mariage va ensuite le conduire à être injuste à l’égard de sa propre famille : 2 Chroniques 11.22 « Roboam donna le premier rang à Abija, fils de Maaca, et l’établit chef parmi ses frères, car il voulait le faire roi. Il agit avec habileté en dispersant tous ses autres fils dans toutes les contrées de Juda et de Benjamin... »
2. La deuxième étape de la chute morale de Roboam est décrite dans : 2 Chroniques 12.1 « Lorsque Roboam se fut affermi dans son royaume et qu’il eut acquis de la force, il abandonna la loi de l’Éternel, et tout Israël l’abandonna avec lui ». Comme son père Salomon, il détourne le peuple de Dieu en imitant toutes les abominations des peuples alentours.
3. 2 Chroniques 12.9 nous décrit la troisième étape de cette chute : « il laisse Schichak, pharaon d’Égypte, s’approprier tous les plus beaux trésors du temple de Jérusalem ainsi que les boucliers d’or que son père Salomon avait fait » et qu’il aurait dû défendre.
4. La quatrième étape de ce déclin est décrite dans 2 Chroniques 12.14 « Il fit le mal parce qu’il n’appliqua pas son cœur à chercher l’Éternel. »
Ainsi, par son manque de maturité, de bon sens et de sagesse, Roboam va perdre l’héritage de cet immense trésor dont Dieu lui avait fait cadeau.
Voyant sa puissance s’effriter peu à peu, Roboam fera preuve de quelques sursauts de piété :
2 Chroniques 12.12 « Comme Roboam s’était humilié, l’Éternel détourna de lui sa colère et ne le détruisit pas entièrement. Et il y avait encore de bonnes choses en Juda ».
À deux reprises, Dieu lui envoie un prophète pour l’avertir de ses erreurs. Et Roboam, à chaque fois, l’écoute :
Le premier avertissement se situe tout au début du règne de Roboam : parce qu’il a été mal conseillé, Roboam se retrouve roi de deux tribus uniquement, sur les douze. Suite à ces événements, il ne règne donc plus que sur 1/5ème du royaume de Salomon. Il décrète alors la mobilisation générale de tous ses soldats des tribus de Juda et Benjamin afin de mener une guerre contre leurs frères. C’est là que le prophète Schemaeja intervient pour les avertir du résultat catastrophique d’une telle intervention militaire : 1 Rois 12.24 « Ainsi parle l’Éternel... ne faites pas la guerre à vos frères ! ... car c’est par moi que cette chose est arrivée. » Roboam aurait pu s’entêter en rappelant que la présence du temple de Dieu était l’héritage des 12 tribus et pas seulement de 2. Et puisque le temple se trouve à Jérusalem, il aurait pu utiliser ce prétexte pour déclencher cette guerre « au nom de l’Éternel » : Combien de fois ces choses se sont passées dans l’histoire de toute la chrétienté ! Mais non, Roboam n’a pas insisté (2 Chroniques 11.4). Pour Roboam, comme pour nous, renoncer est toujours un geste qui coûte. Mais le renoncement de Roboam va lui apporter de nombreuses bénédictions : Plutôt que de s’investir dans cette guerre, Roboam a recentré ses efforts et ses finances pour rebâtir des villes fortes sur le territoire qu’il possédait. Approuvant les ouvrages de Roboam, Dieu pousse alors les sacrificateurs et les Lévites qui se trouvaient dans tout Israël et qui ne pouvaient plus remplir leur fonction à quitter leurs demeures pour se rendre auprès de lui (2 Chroniques 1.5-14).
Le retour de tous ces hommes qui désiraient poursuivre leur service pour le seul vrai Dieu dans la ville de Jérusalem a été une bénédiction pour le royaume de Roboam.
Le deuxième événement qui pousse Roboam à s’humilier se déroule quelques années plus tard. Cette fois, le pharaon Schischak se trouve aux portes de Jérusalem et le prophète Schemaeja intervient à nouveau sévèrement : 2 Chroniques 12.5 « ainsi parle l’Éternel : vous m’avez abandonné, je vous abandonne aussi et je vous livre entre les mains de Schischak ».
L’intervention militaire qu’allait mener le pharaon Schischak* n’était pas en faveur de Roboam. La puissance militaire de l’Égypte était bien supérieure à celle de Roboam et de plus le verdict de Dieu qui annonçait une défaite très sérieuse ont conduit « les chefs d’Israël et le roi à s’humilier et à dire : l’Éternel est juste ! » (2 Chroniques 12.6). Ces paroles ont plu à l’Éternel. Même si la Bible signale ces deux sursauts de Roboam pour revenir à Dieu son règne n’aura pas été un règne de paix : 2 Chroniques 12.13-15 « le roi Roboam régna 17 ans à Jérusalem... il fit le mal, parce qu’il n’appliqua pas son cœur à chercher l’Éternel... il y eut toujours guerre entre Roboam et Jéroboam. »
Ce qu’il faut voir dernière cet événement dramatique, c’est le décret souverain prononcé auparavant : 2 Chroniques 10.15 « tout cela fut dirigé par Dieu en vue de l’accomplissement de la parole que l’Éternel avait dite par Achija de Silo à Jéroboam fils de Nébath ».
Dieu avait prévenu Salomon à la fin de sa vie qu’il affaiblirait la puissance de son royaume donné en héritage à Roboam en désignant Jéroboam pour régner sur 4/5ème du territoire d’Israël : « Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : voici, je vais arracher le royaume de la main de Salomon et je donnerai dix tribus à Jéroboam » (1 Rois 11.31).
... À suivre...
Thierry Huckel
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