L’histoire de Jéroboam s’inscrit dans une période du peuple d’Israël marquée par cet évènement Tragique décrit dans 1 Rois 12.19 : « C’est ainsi qu’Israël s’est détaché de la maison de David jusqu’à ce jour ».
Alors que Roboam, le fils légitime de Salomon, aurait dû être désigné comme le successeur au trône pour régner seul sur les douze tribus, voilà qu’un évènement pousse Dieu à changer ses plans à la fin de la vie de Salomon: Le peuple d’Israël sera divisé en deux.
À l’origine de cette scission, se trouve l’infidélité de Salomon et de son peuple. Alors qu’ils connaissaient des temps de prospérité économique et de gloire, ils ont préféré se détourner de Dieu et ont fini par servir d’autres dieux. C’est ainsi que Dieu est intervenu, et c’est le drame.
Les médias commenteraient de nos jours un tel évènement en soulignant les causes apparentes qui ont conduit à cette division : fracture sociale, graves difficultés économiques, envolée du chômage, mauvaise gestion de l’état, augmentation des impôts, revendications syndicales, maladresse des ministres dirigeants…
Mais la parole de Dieu éclaire cet évènement sous un autre regard : la division qu’a connue cette nation est un jugement prononcé par Dieu. Dieu est intervenu en ne laissant que deux tribus à Roboam et en désignant Jéroboam pour conduire dix des douze tribus d’Israël. Jéroboam, le premier roi du royaume du Nord, sera donc le grand gagnant dans la course à la succession de Salomon.
Déjà avant la mort de Salomon, Dieu avait remarqué cet homme entreprenant, courageux et populaire pour le choisir comme roi. Il faut reconnaître que Jéroboam est un homme remarquable qui possède d’immenses qualités à vue humaine. Le regard favorable que Dieu a porté sur Jéroboam s’exprime d’une manière étonnante en 1 Rois 11.37. Dieu déclare à Jéroboam : « Tu règneras sur tout ce que ton cœur désirera... ». Ce n’est donc pas pour rien que la Bible lui porte un intérêt tout particulier. C’était un homme extrêmement prometteur et qui en plus avait la promesse de Dieu de pouvoir compter sur Son appui. Et pourtant, on apprend au fur et à mesure de son histoire qu’il a la renommée d’être un mauvais roi !
Quand la Bible parle de ce roi, c’est toujours en termes négatifs : « Il a fait le mal ». Il laisse un très mauvais exemple. Il a pris une mauvaise voie. Il n’a pas su faire confiance à Dieu et cela va finalement le conduire dans une situation dramatique sur le plan personnel. Une fois de plus, l’histoire de Jéroboam nous apporte bien des enseignements pratiques sur de nombreuses réalités de notre vie actuelle...
Ce qui est surprenant, ce sont les circonstances dans lesquelles Jéroboam nous est présenté dès le premier contact : 1 Rois 11.26 « Jéroboam aussi, serviteur de Salomon, leva la main contre le roi. ».
Pendant quarante ans de règne, Salomon ne connaîtra que très peu d’opposants. La Bible ne signale que trois hommes, dont Jéroboam.
Jéroboam, fils d’une veuve. Il n’a donc plus de père. A cette époque-là, lorsque le père décédait, c’était le fils aîné qui avait la charge de tout le foyer. Jéroboam a donc dû assurer une lourde charge très tôt au sein de la famille. Tout jeune, Jéroboam, apprend malgré lui déjà le sens des responsabilités.
Très tôt il est remarqué pour son travail : la Bible insiste sur le fait que Salomon a vu ce jeune homme à l’œuvre et qu’il a attiré l’attention du roi par son travail. Très jeune, Salomon lui confie donc la responsabilité des hommes de corvée de l’une des plus importantes tribus d’Israël : c’est lui qui est désigné pour surveiller tous les gens de corvée de la tribu de Joseph. Le contexte permet d’en déduire qu’il a donc été estimé de Salomon, car c’était un sacré meneur d’hommes.
Le texte biblique ajoute qu’il était fort et vaillant. Il était courageux car il fallait beaucoup de courage pour oser frapper Salomon, qui à cette époque-là, atteignait le sommet de sa gloire. Et Jéroboam a été un de ceux-là.
Un meneur d’hommes, un organisateur, un homme fort et courageux... cela ne suffit pas. Il a été en plus choisi par Dieu... Une précision qui passe presque au second plan dans le texte, tellement les qualités humaines de cet homme sont élogieuses. 1 Rois 11.29-31 : « Dans ce temps-là, Jéroboam étant sorti de la maison de Jérusalem, fut rencontré en chemin par le prophète Achija de Silo, revêtu d’un manteau neuf. Ils étaient tous deux seuls dans les champs. Achija saisit le manteau neuf qu’il avait sur lui, le déchira en douze morceaux, et dit à Jéroboam : prends pour toi dix morceaux ! Car ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : voici je vais arracher le royaume de la main de Salomon et je te donnerai dix tribus... et les versets 37 et 38 « je te prendrai, et tu règneras sur tout ce que ton cœur désirera, tu seras roi d’Israël. Si tu obéis à tout ce que je t’ordonnerai, si tu marches dans mes voies et si tu fais ce qui est droit à mes yeux, en observant mes lois et mes commandements, comme l’a fait David, mon serviteur, je serai avec toi, je te bâtirai une maison stable, comme j’en ai bâti une à David, et je te donnerai Israël ».
... « Tu règneras sur tout ce que ton cœur désirera... »
Dieu a vu cet homme, il l’a choisi. Il lui donne donc tout, exactement comme il l’a promis :
1 Rois 11.38 : « Je te bâtirai une maison stable, comme j’en ai bâti une à David » : Dieu offre à Jéroboam tout ce qu’Il a offert à David et à Salomon... les mêmes chances pour tous les trois au départ. Roboam, le fils de Salomon, n’a jamais eu droit à cette promesse.
Et tout va se passer comme promis :
Le pouvoir est donné à Jéroboam. Il n’a pas à conquérir le pays. Aucun règlement de compte sanglant, excepté la mort d’Hadoram, le préposé aux impôts de Roboam. Aucune bataille. Et pour finir, les dix tribus prendront tout naturellement le nom d’Israël. 1 Rois 12.19 « c’est ainsi qu’Israël s’est détaché de la maison de David ». Jéroboam n’aura donc même pas à chercher un nouveau nom pour son peuple !
Ce cadeau est quelque chose d’étonnant : Jéroboam n’a même pas à choisir son nom. C’est lui, avec les dix tribus, qui héritent du nom prestigieux d’Israël. C’est une identité que Dieu lui offre sans aucun pourparler avec le fils légitime de Salomon, Roboam. C’est donc un superbe cadeau ! Et finalement, c’est Roboam, avec sa capitale Jérusalem, qui vont donc être obligés de prendre un nouveau nom (le nom de Juda).
Tous ceux qui travaillent dans le domaine de la publicité ou du marketing peuvent imaginer aisément la valeur d’un tel cadeau. Le prestige d’un nom comme Israël existe depuis la Genèse ! Et il n’a jamais disparu tout simplement parce que c’est Dieu qui l’avait choisi...
Et pour en ajouter, les dix tribus du royaume du Nord se trouvent dotées d’une puissance militaire deux fois supérieure au royaume du Sud. C’est ce que nous apprenons dans 2 Chroniques 13.3. Jéroboam se voit également attribuer les régions les plus riches du pays : il hérite de toutes les plaines fertiles ; il laisse Jérusalem avec le désert de Judée et le désert de Néguev à Roboam... pauvre Roboam !
C’est enfin lui, Jéroboam, qui surveille tous les points stratégiques du pays : toutes les grandes routes passent par son territoire et c’est lui qui peut ouvrir ou fermer le pays aux voyageurs, aux commerçants, aux convois militaires etc.
Voilà l’héritage de Jéroboam. Quel cadeau ! Dieu lui a donné tout ce que son cœur désirait et il n’a pas compté à la dépense !
Pour affermir son pouvoir, Jéroboam choisira de s’appuyer, non pas sur Dieu, mais sur sa propre force. Il agit selon sa propre sagesse. Même si elle est surprenante, elle est tout de même limitée. Pour garder son pouvoir, il devra donc exceller dans les méandres de la politique.
1 Rois 12.26 nous le révèle : « Jéroboam dit en son cœur : le royaume pourrait bien maintenant retourner à la maison de David... ! Puis au verset 28 « Après s’être consulté... »
C’est cela la stratégie de Jéroboam : il se parle à lui-même, il se consulte ! Voilà quelqu’un qui aime prendre du temps pour avoir l’avis des autres ! Sa stratégie contraste avec celle de Roboam dont il est dit en 1 Rois 12.6 qu’il avait consulté à la fois les vieillards puis les jeunes gens pour asseoir son pouvoir. Jéroboam ne consulte personne. Il agit à sa guise, et surtout il ne s’adresse pas à Dieu. Il aurait pu dire, comme Salomon : « Seigneur, puisque tu m’as donné ce peuple nombreux, maintenant donne-moi aussi la sagesse pour bien le gouverner ». Mais non, Jéroboam reçoit ce cadeau, il ne prononce même pas le « petit mot magique » qu’apprennent tous les enfants (c’est le mot « merci »). Pour gérer ce qui lui est ainsi offert, Jéroboam préfère écouter les voix de son cœur.
Et le résultat ?
Le résultat, ce sera les péchés de Jéroboam dont le souvenir se transmettra de génération en génération.
Plutôt que de suivre les voies de l’Éternel, Jéroboam a préféré suivre sa propre voie qui sera d’ailleurs désignée dans la Bible comme la voie de Jéroboam ! 1 Rois 16.26... nous nous projetons un siècle plus tard... et voici ce qui est dit à propos d’un successeur de Jéroboam, le roi Omri « Il marcha dans toute la voie de Jéroboam, fils de Nebath, et se livra au péché que Jéroboam avait fait commettre à Israël, irritant par leurs idoles l’Éternel, le Dieu d’Israël ».
Les péchés de Jéroboam ! La voie de Jéroboam !
Et deux siècles plus tard, on parlera encore des péchés de Jéroboam jusqu’à la déportation du peuple en Assyrie (lire 2 Rois 17.20-23).
À suivre...
Thierry Huckel
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