Le bulletin 148 se terminait sur l’expression que les Écritures utilisent pour qualifier le roi Jéroboam : « Les péchés de Jéroboam ! » La voie de Jéroboam dont on parlera encore 2 siècles plus tard, jusqu’à la déportation du peuple en Assyrie ; 2 Rois 17.20-23 « L’Éternel a rejeté toute la race d’Israël ; il les a humiliés, il les a livrés entre les mains des pillards, et il a fini par les chasser loin de sa face. Car Israël s’était détaché de la maison de David, et ils avaient fait roi Jéroboam, fils de Nebath, qui les avait détournés de l’Éternel, et avait fait commettre à Israël un grand péché. Les enfants d’Israël s’étaient livrés à tous les péchés que Jéroboam avait commis ; ils ne s’en détournèrent point, jusqu’à ce que l’Éternel ait chassé Israël loin de sa face, comme il l’avait annoncé par tous ses serviteurs les prophètes. Et Israël a été emmené captif loin de son pays en Assyrie, où il est resté jusqu’à ce jour ».
1 Rois 12.26-27 « Jéroboam dit en son cœur : Le royaume pourrait bien maintenant retourner à la maison de David. Si ce peuple monte à Jérusalem pour faire des sacrifices dans le temple, le cœur de ce peuple retournera à Roboam, roi de Juda, et ils me tueront et retourneront à Roboam, roi de Juda ».
L’analyse de Jéroboam est bonne ; c’est l’analyse d’un excellent politicien : s’il veut garder le pouvoir, il faut qu’il détache définitivement les 10 tribus de Jérusalem de la maison de David, c’est-à-dire des deux autres tribus qui résident encore à Jérusalem sous l’autorité du roi Roboam.
Jéroboam aurait dû cependant se souvenir que c’est Dieu qui lui a donné ce royaume, et que seul Dieu peut donc le lui maintenir et le lui garder. Malheureusement, il ne comptera pas sur Dieu, et il prend ses propres dispositions.
La voie de Jéroboam est à comparer à une démarche qui refuse l’inconfort de la vie par la foi, l’inconfort d’une vie qui consiste à dépendre totalement de la Parole de Dieu et des conseils du Seigneur.
Nous avons tous cette tendance à tenter de nous garantir la sécurité, à rechercher l’indépendance. Or, de l’indépendance au rejet de Dieu, il n’y a qu’un pas.
C’est cela la voie de Jéroboam : prendre des dispositions qui m’assurent la sécurité sans que je sois dépendant de quelqu’un, et surtout pas de mon Créateur.
Jéroboam a tout reçu de Dieu, mais il a refusé l’inconfort d’une telle vie dirigée par la foi. Alors il va prendre certaines dispositions qui l’amèneront progressivement à sa perte.
Le peuple montait à Jérusalem plusieurs fois par an pour célébrer les grandes fêtes organisées en l’honneur de l’Éternel.
Les fêtes qui se déroulent annuellement à Jérusalem, c’est ce qui inquiète le plus Jéroboam. Les 10 tribus vont devoir toutes retourner chaque année à Jérusalem. Trois fois par an, elles vont y aller pour célébrer la Pâque, la fête des tabernacles et la fête de la moisson ? Alors un jour mon peuple va se lasser de moi, et il va retourner au royaume du Sud, au roi Roboam, le fils légitime de Salomon... et ils vont me TUER !
Jéroboam a peur. Le risque d’une rébellion sanglante paraît inévitable : Roboam, qui a été déshérité, va profiter de ces occasions pour me tendre un piège et me tuer, pense Jéroboam !
Ils vont me tuer ! Alors il va falloir que je fasse quelque chose pour sauver ma vie pour sauver mon titre, pour sauver mon trône.
Pour sauver ma vie, je ne vois qu’une solution : il va falloir imaginer un nouveau centre religieux.
Il ne faut pas que le peuple continue à aller à Jérusalem. Il me faut les orienter différemment.
Et il élabore ainsi sa nouvelle stratégie sans consulter Dieu. Pourtant Dieu lui avait dit : « Je te bâtirai une maison stable »... Mais ces choses sont complètement oubliées !
Jéroboam, qui est malin, aura vite fait de trouver un nouveau centre de culte ; il devra avoir un nom et un passé encore plus prestigieux que Jérusalem : c’est BÉTHEL ! Mais oui BÉTHEL !... Ce nom signifie « LA MAISON DE DIEU »... une ville qui s’appelle la maison de Dieu, ç’est « au poil »...
Et vous voulez aller chaque année à la maison de Dieu qui est à Jérusalem ? Mais allez plutôt vous rendre à la maison de Dieu à Béthel, vous savez le lieu où Dieu a parlé à Jacob*, là où Dieu a changé son nom pour donner un nouveau nom : Israël.
Avec des noms aussi prestigieux : Israël... Béthel on ne va bientôt plus parler de la maison de David avec ses 2 seules tribus de Juda et de Benjamin, et on oubliera le nom de Jérusalem... Et voici le nouveau lieu de culte tout trouvé.
Et comme Jéroboam est un homme pratique, il sait qu’un petit geste en faveur des sujets les plus éloignés de Bethel lui ferait marquer quelques points supplémentaires dans sa côte de popularité. Alors il établira aussi Dan comme lieu de culte ; il évite ainsi aux gens éloignés de Béthel de voyager trop longtemps.
Dan est une ville tout au nord du territoire. Ce sera donc bien plus confortable pour les citoyens de cette région... Et puis Dan était aussi connu comme lieu de culte... Souvenez-vous, Dan était un lieu de culte très fréquenté dans l’histoire du livre des Juges*... un lieu de culte dissident, certes, mais en fait quelle importance ? Car ce lieu a aussi un passé, une histoire derrière lui... comme Béthel.
Voilà donc nos deux lieux de culte tout trouvés ! Une bonne chose de faite...
Instaurer un nouveau lieu de culte ne suffit pas. Quand Dieu a donné le temple à l’époque de Salomon, le peuple alors présent à Jérusalem avait vu la gloire de l’Éternel remplir le temple... le temple dont l’Éternel avait dit : « Mes yeux seront jour et nuit, éternellement sur ce lieu » (1 Rois 9.3).
Alors on va aussi placer un souvenir majestueux à Béthel et à Dan, en souvenir de la gloire de l’Éternel qui était venu remplir le Temple de Jérusalem :
1 Rois 12.28-29 « Après s’être consulté, le roi fit 2 veaux d’or... Il en plaça 1 à Béthel, et l’autre à Dan ».
Jéroboam a passé une quinzaine d’années en Égypte lorsqu’il avait dû fuir loin de Salomon qui cherchait à le faire mourir (1 Rois 11.40) ; Or le taureau était la principale divinité adorée en Égypte ;
C’est d’ailleurs pour cette raison que le taureau, était venu naturellement à l’esprit d’Aaron lorsque le peuple d’Israël s’est tourné vers lui dans le désert, et lui a dit « Fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse qui nous a entraînés jusqu’ici, dans cette galère, nous ne savons pas ce qu’il est devenu... » (Exode 32.1). Un dieu qu’on puisse voir, un dieu qu’on puisse toucher !
Alors pour symboliser une présence visible, qu’y aurait-il de mieux qu’un veau, un taureau ?
Et nous retrouvons ici exactement les mêmes paroles que celles prononcées au Sinaï, plusieurs siècles auparavant : « Israël... Voici ton dieu... qui t’a fait sortir du pays d’Égypte » (Exode 32.4)
Plus de 5 siècles d’histoire oubliés en une fraction de seconde... et on emprunte la machine à remonter le temps pour s’arrêter à la sortie d’Égypte ; on réécrit l’histoire... et on utilise les mêmes expressions ;
Le peuple de Dieu n’a donc aucune mémoire, il n’a rien appris... et surtout il a oublié tout ce qui a suivi (relis le chapitre 32 du livre de l’Exode).
C’est un exemple frappant de la tendance qu’on observe aujourd’hui en occultant les leçons du passé et en se projetant sans réfléchir vers ce qui est à venir !
Et pourtant en utilisant les mêmes paroles que celles prononcées par Aaron au Sinaï, Jéroboam aurait dû se souvenir que ce veau d’or n’avait pas duré bien longtemps : Au maximum 40 jours, juste le temps où Moïse s’est absenté pour recevoir les tables de la loi avec les 10 commandements.
Mais tout cela, Jéroboam ne le prendra pas en compte, car ce qu’il veut, c’est utiliser la parole de Dieu dans le seul but de mobiliser le peuple à sa cause : « Israël, voici ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte »... Même image... Même représentation... Mais oubli de la suite du récit !
Et ici Israël répond une nouvelle fois unanimement : « Maintenant Dieu est aussi parmi nous (comme Il l’a été au temps de la dédicace du temple à Jérusalem) ».
Jéroboam a trouvé des symboles forts que le peuple attendait. C’est un fin politicien. Et cette confusion des lieux de cultes fait encore échos 9 siècles plus tard entre juifs et Samaritains. Cela ressort, lorsque curieusement, Jésus se retrouve confronté à cette idée lors d’un entretien avec une femme Samaritaine. Elle s’adresse à Jésus qui passait par la Samarie :
«Vous dites, vous, que le lieu ou il faut adorer est à Jérusalem, mais nos pères ont toujours adoré sur cette montagne» (Jean 4.19-20)... Un entretien qui se situe à proximité d’un des lieux de culte érigé par Jéroboam !... et cela 1000 ans plus tard !... c’est cela la voie de Jéroboam, la voie de l’idolâtrie qui crée la division et la confusion.
Et combien cette réalité reste actuelle dans les rapports de conflits entre religions !
Jéroboam n’est pourtant pas encore arrivé au bout de ses peines : En effet, pour officier un culte, il faut plus qu’un nom, plus qu’un lieu, plus qu’un souvenir symbolique majestueux :
Même si Israël a maintenant son lieu de culte, et son nouveau dieu, il lui manque encore l’autorité religieuse, le sacerdoce : les sacrificateurs et les serviteurs attachés à ce culte. En Israël, 1 seule famille possédait jusque là le pouvoir sacerdotal. C’était l’une des familles les plus ancienne : la famille d’Aaron, frère de Moïse. Et cette famille détient le monopole des sacrifices. Nul n’a le droit d’offrir des sacrifices, s’il n’appartient pas à cette famille. Or cette famille réside à Jérusalem.
Alors Jéroboam va une nouvelle fois faire preuve d’une grande habileté : il va trouver la solution qui renforcera encore plus sa côte de popularité dans tous les sondages : il changera les lois qui octroyaient certains privilèges sociaux liés à la naissance.
À suivre...
Thierry Huckel
©2010 Concours Biblique • Qui sommes-nous ? • Mentions légales • Aide