1 Rois 14.31 se termine par ces quelques mots : « Roboam se coucha avec ses pères. Il fut enterré avec ses pères dans la ville de David. Et Abijam son fils règna à sa place ». Abijam va régner trois années à Jérusalem sur le Royaume de Juda, alors que Jéroboam, serviteur de Salomon, règne encore sur le royaume du nord composé de dix tribus d’Israël. En effet, 1 Rois 14.20-21, nous rappelle que Jéroboam a pu régner 22 ans sur le royaume du nord alors que Roboam n’a régné que 17 ans à Jérusalem, sur le royaume du sud. Durant le règne de Roboam, le royaume du sud, composé des tribus de Juda et Benjamin, a constamment décliné. L’idolâtrie de Roboam, la situation de guerre intermittente entre les deux royaumes et la terrible invasion égyptienne par le Pharaon Schischak ont contribué à affaiblir considérablement l’ensemble du royaume du sud. Abijam, le fils de Roboam, a donc suivi son père dans le même état d’esprit. Même s’il n’a jamais porté préjudice au culte de l’Éternel, il a toutefois permis l’adoration des dieux étrangers. « Mais à cause de David, l’Éternel, son Dieu, lui donna une lampe à Jérusalem » (1 Rois 15.4). À cause de Sa promesse, l’Éternel avait donc décidé de ne pas éteindre sa dynastie. Il lui a même accordé une immense victoire contre Jéroboam tout simplement parce qu’Il avait promis à David qu’il règnerait pour toujours.
Tout en maintenant une certaine piété, Abijam se livra à tous les péchés que son père avait commis avant lui. D’ailleurs le texte aurait pu facilement ajouter « que le fils ne fut pas meilleur que le père ». Il est toujours plus facile de s’enfoncer plus profondément dans les travers et les ornières creusées par nos ancêtres que de réagir contre leur manière de vivre. De ce fait, rares ont été les rois de Juda mentionnés dans la Bible qui surent remonter le courant. Le texte est parlant à ce sujet : Son cœur ne fut point tout entier à l’Éternel, son Dieu, comme l’avait été le cœur de David, son père ! » (1 Rois 15.3).
David, qui a été l’arrière-grand-père d’Abijam, a aussi connu des moments de faiblesse et de découragement. Il a connu bien des écarts dans sa vie, même des fautes irréparables. N’oublions pas que c’est David qui a commis l’adultère avec Bath-Schéba et qu’il n’a pas reculé devant ce péché en y ajoutant l’assassinat du mari de Bath-Schéba pour parvenir à ses fins. Cependant, le chapitre 15 du premier livre des Rois ne mentionne pas les graves écarts dans la vie immorale du roi David. Le texte insiste sur la droiture de son cœur, car, après avoir péché, David s’est humilié, il s’est repenti et a obtenu le pardon divin. Il a pu retrouver la communion avec son Dieu qui, lorsque le péché est effacé, ne s’en souvient plus parce que, pour lui, toutes choses deviennent nouvelles. Si ce passage de 1 Rois 15 nous rappelle le souvenir de David, le lointain Aïeul d’Abijam, c’est peut-être pour montrer la valeur d’un cœur entier devant Dieu. David, comme Abijam, étaient tous deux pécheurs et coupables. Cependant, David n’a pas supporté de rester en disgrâce aux yeux de l’Éternel. Il n’a pas trouvé de répit jusqu’à avoir obtenu l’assurance du pardon de Dieu. Abijam n’avait pas commis de péché aussi grave que celui commis par son célèbre aïeul mais il a toujours été balloté entre piété et péché sans éprouver aucun besoin de régler sa situation devant Dieu. À l’image de Salomon, Abijam avait un cœur partagé qui refusait de se donner entièrement à Dieu pour mieux louvoyer dans les compromis et l’iniquité.
Abijam ne pouvait pas ignorer les événements qu’avait vécus son père Roboam avec sa tentative de récupérer les dix tribus perdues du royaume du nord dirigées par Jéroboam. Il ne pouvait pas ignorer non plus les interventions du prophète Achija de Silo et du prophète Schemaeja qui ont expliqué au royaume du sud, et donc à Roboam, que le schisme du peuple d’Israël correspondait tout à fait au plan de Dieu. Abijam aurait donc dû réfléchir avant de passer à l’action. Il n’a pas cherché à consulter Dieu avant de mobiliser 400 000 soldats pour s’engager contre Jéroboam qui régnait sur les dix tribus du royaume du nord. Non seulement Abijam va désobéir en se détournant du plan de Dieu qui avait instauré le schisme, mais en plus, il va avoir la prétention de pouvoir faire la leçon à tout Israël. 2 Chroniques 13.1-12 fait état de l’arrogance avec laquelle Abijam s’adresse à Jéroboam et à tout le royaume d’Israël. Dans son plaidoyer sans scrupule, Abijam martèle le fait qu’il détient le monopole de la vérité et que c’est pour cela qu’il est dans son droit de déclarer la guerre à Jéroboam et aux 800 000 soldats d’élite du royaume du nord. En faisant cela, il affirme que lui est dans son droit et que eux sont dans leur tort ! En s’installant sur un piédestal, du haut du mont Tsémaraïm, Abijam se permet de leur faire la leçon :
« Ne devez-vous pas savoir :
Abijam nous fait croire dans ses discours que tout « baigne dans l’huile » pour Juda. Pourtant, le texte précise qu’eux aussi ont abandonné l’Éternel. En résistant à Abijam, le royaume du nord ne fait pas la guerre à Abijam qui occupe le trône de Juda, mais ses soldats font la guerre à l’Éternel Lui-même ! Il est intéressant de souligner la répétition du pronom au pluriel « vous » qui est utilisé dix fois au cours de cinq versets.
Ce pronom « vous » est toujours utilisé pour blâmer le royaume du nord. Il utilisera aussi neuf fois le pronom « nous » à chaque fois pour « lancer des fleurs » à son royaume, le royaume du sud (2 Chroniques 13.8-12).
Il est toujours plus facile de se mettre sur un piédestal de quelque « mont Tsémaraïm » en proclamant haut et fort que nous n’avons rien à nous reprocher et que nous sommes de loin les meilleurs. Comme Abijam, nous nous complaisons à mettre en exergue les torts de ceux à qui nous venons de déclarer la guerre tout en nous considérant comme « irréprochables ». Pourtant, n’oublions pas cette leçon que l’on trouve dans Proverbes 15.33 et Proverbes 18.12 « si l’humilité précède la gloire... l’orgueil précède la ruine ».
Le discours d’Abijam, qui accusait le royaume du nord et qui flattait le royaume du sud, ne lui aura été finalement d’aucun secours. Soudain, il se trouve cerné par devant et par derrière par l’armée de Jéroboam, deux fois plus forte en nombre, beaucoup mieux organisée et certainement bien mieux équipée que la sienne. Dans cette situation, il ne pouvait y avoir qu’une intervention miraculeuse de Dieu pour sauver Abijam et son armée. Et c’est ce qui s’est passé : si Dieu n’avait pas eu miséricorde pour Juda et s’Il n’était pas intervenu, Abijam et son armée auraient été totalement anéantis.
2 Chroniques 13.14-15 nous rappelle que « ceux de Juda s’étant retournés, eurent à combattre devant et derrière. Alors ils crièrent à l’Éternel et les sacrificateurs sonnèrent des trompettes... et aux cris de guerre des hommes de Juda, l’Éternel frappa Jéroboam et tous les hommes d’Israël (le royaume du nord) devant Abijam et Juda (le royaume du sud) ». Cette victoire, aussi éclatante soit-elle, était cependant également totalement imméritée. Pourquoi l’Éternel est-Il intervenu en faveur du royaume du sud ? 2 Chroniques 13.18 nous en donne la raison « les enfants de Juda remportèrent la victoire parce qu’ils s’étaient appuyés sur l’Éternel, le Dieu de leurs pères ». La défaite du royaume du nord a été telle que « Jéroboam n’eut plus de force du temps d’Abijam. Et Abijam devint puissant... » (2 Chroniques 13.20-21).
Après un règne bref de trois ans, la vie d’Abijam nous apporte un enseignement bien pratique. En effet, si l’Éternel a décidé de faire bénéficier Abijam de sa miséricorde et de sa grâce imméritée, ce n’est certainement pas grâce aux qualités de ce roi et encore moins à ses capacités naturelles à gérer son royaume. La raison qui a motivé Dieu à rester aux côtés d’Abijam nous est donnée dans le premier livre des Rois. En effet, ce livre nous rappelle que Dieu revient à plusieurs reprises sur son désir d’épargner Juda. 1 Rois 15.4 : « À cause de David, l’Éternel son Dieu, lui donna une lampe à Jérusalem, en établissant son fils après lui et en laissant subsister Jérusalem ». C’est le rappel de ce que Dieu avait déjà dit à Salomon dans 1 Rois 11.35-36 Moi, l’Éternel, j’ôterai le royaume de la main de Salomon, le Fils de David et j’en donnerai dix tribus à Jéroboam. Je laisserai cependant une tribu à son fils afin que David, mon serviteur, ait toujours une lampe devant moi à Jérusalem, la ville que j’ai choisie pour y mettre mon nom ».
L’enseignement de ce passage est toujours d’actualité. En effet, il existe toujours un héritage spirituel qui est source de bénédiction pour de nombreuses générations. Nos ancêtres croyants ont laissé inévitablement des traces indélébiles sur plusieurs générations. Combien d’arrière-grands-parents, de grands-parents, de parents ont été fervents et réguliers dans leurs prières à l’égard de leurs enfants, de leurs petits-enfants, de leurs arrière-petits-enfants. Même s’ils n’en voyaient pas immédiatement l’exaucement, ils savaient que le jour allait venir où Dieu ferait justice à toutes leurs supplications. C’est ainsi qu’au jour venu, Dieu sait se révéler à la nouvelle génération, même lorsqu’elle s’est éloignée pour quelque temps de Lui. Agissons de même pour les générations qui nous suivent. En effet, l’Éternel sait garder toutes les générations de malédictions pourtant méritées tout simplement parce qu’Il se souvient de cette « lampe » allumée en son temps et dont l’éclat de la lumière ne s’est jamais éteint malgré parfois les nombreuses années qui se sont écoulées.
Thierry Huckel
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